Comment composer les formes et les couleurs selon Kandinsky

En 1911, le peintre russe Wassily Kandinsky sortait son livre Du Spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier. Réel virtuose de la composition, il y inscrit les bases d’un art libéré de la représentation matérielle, dont la couleur et la forme constitue le langage pure de l’art, et conduisant à l’abstraction. Je vous partage ici la théorie de la couleur de Kandinsky, dans un article qui j’espère vous servira de guide.

Pour mieux comprendre la pensée de Kandinsky, je vous conseille de lire le livre Du Spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier. Pour ceux qui ne l’ont pas lu ou qui souhaitent se rafraichir la mémoire, j’en ai réalisé un résumé pour mon défi de lire 52 livres d’art sur une année.

Kandinsky, Composition 8, 1923, huile sur toile, 140 x 201 cm, New York, Etats-Unis

La théorie de la couleur de Kandinsky

Pour Kandinsky, la forme et la couleur n’étaient pas seulement des éléments visuels, mais elles possédaient également une signification et une force émotionnelle intrinsèque. Il croyait que ces éléments pouvaient agir comme un langage universel, capable de transcender les barrières linguistiques et culturelles pour toucher directement l’âme et l’esprit du spectateur.

La résonnance intérieur

Lorsque Wassily Kandinsky parle de résonance intérieure à propos de la forme et de la couleur, il se réfère à l’idée que ces éléments visuels peuvent évoquer des émotions et des sentiments intérieurs chez le spectateur. En d’autres termes, d’après lui, les formes et les couleurs dans une œuvre d’art pourraient susciter une réponse émotionnelle et spirituelle chez le spectateur.

Le lien intime entre la peinture et la musique

La peinture possède une grande similitude avec la musique. Celle-ci utilise un vocabulaire et des moyens qui lui son propre pour venir toucher l’âme humaine, sans utiliser de représentations matérielles. C’est en ce sens que la peinture pourra, également atteindre la composition picturale pure. Pour y parvenir, elle doit développer des moyens qui lui sont propres : la forme et la couleur.

Son inspiration pour la musique est ce qui donne le nom des toiles de Kandinsky : Composition ou improvisation.

L’étude de l’action de la forme dessinée et de la couleur sur l’être humain

Les deux premiers grands contrastes de la théorie de la couleur de Kandinsky

Pour chaque couleur isolée, autrement dit, pour chaque couleur agissant seule, sans l’influence d’une autre, des « effets » apparaissent immédiatement à l’œil. Kandinsky regroupe ces « effets » en division.

Les deux grandes divisions qui apparaissent à l’œil :

1 – la chaleur ou la froideur du ton coloré,

2 – la clarté ou l’obscurité de ce ton.

Le premier contraste

Le premier contraste est celui de la chaleur ou de la froideur du ton coloré.

Kandinsky considère que la chaleur ou la froideur est une tendance au jaune ou au bleu.

Le mouvement

Le chaud et le froid n’interviennent pas sur la résonnance de la couleur mais créent un mouvement horizontal dynamique :

Le chaud :

1. Va vers le spectateur en produisant un effet corporel qui part de la couleur.

2. Est excentrique. Par exemple le jaune semble irradier.

Le froid :

1. S’éloigne du spectateur en produisant un effet spirituel qui part de celui-ci.

2. Est concentrique. Par exemple le bleu semble s’absorber comme si nous pouvions rentrer en lui.

Le second contraste

Le second contraste est celui de la clarté ou de l’obscurité du ton coloré.

Intrinsèquement, elles ne peuvent être dissociées du blanc et du noir, leurs couleurs respectives.

Le mouvement

Comme pour la chaleur et la froideur, la clarté et l’obscurité ont aussi un mouvement horizontal qui est statique et non dynamique.

– La clarté vers le spectateur = excentrique

– L’obscurité s’éloigne du spectateur = concentrique

Kandinsky nous rappelle que les effets de mouvement des couleurs qu’il présente ici sont des impressions purement empiriques qui n’ont pas été prouvées scientifiquement.

Les 4 sonorités principales

Ainsi, chaque couleur possède 4 sonorités principales et peut être :

1 – Chaude et : claire ou foncée

2 – Froide et : claire ou foncée

Schématisation de l'action de la forme dessinée et de la couleur sur l'être humain premier tableau
Schématisation de l'action de la forme dessinée et de la couleur sur l'être humain
Tableau récapitulatif du premier et deuxième contrastes

Les interactions de la première paire de contrastes

Il est possible d’ajouter à chaque couleur une autre couleur provenant des premiers grands contrastes afin de créer une nouvelle teinte qui englobe les caractéristiques des couleurs qui la composent.

De plus, on peut noter que les couleurs du premier grand contraste voient leurs effets amplifiés lorsqu’elles sont combinées avec leur couleur analogue du second grand contraste. Par exemple, lorsque l’on ajoute du noir au bleu, le mouvement concentrique devient plus intense. De même, le jaune voit son mouvement excentrique renforcé par l’ajout de blanc.

En revanche, le mélange de deux couleurs « opposées » affaiblit ou annule les mouvements.

Ainsi, même une petite addition de couleur, capable de modifier la teinte initiale, altère la résonance de celle-ci et en adopte partiellement les caractéristiques. Par exemple, en ajoutant du bleu à un jaune, ce dernier perdra inévitablement une partie de son excentricité.

Les couleurs
Le Bleu

Le bleu est une couleur profonde dont la capacité d’approfondissement se manifeste par sa capacité à attirer le spectateur vers son centre. Il évoque le calme absolu et la pureté dans un sens supraterrestre.

Le bleu foncé :

L’ajout de noir intensifie encore sa profondeur, attirant l’observateur vers un infini similaire au ciel bleu.

Cependant, lorsque le bleu penche trop vers le noir, il devient excessivement mélancolique, exprimant une tristesse infinie et profonde.

Le bleu clair :

Quand le bleu s’éclaircit, il semble prendre ses distances avec celui qui l’observe. Il devient presque indifférent à nos yeux, pour finalement perdre toute résonance, comme un « calme silencieux« p.150.

Lien avec la musique :

Le bleu foncé peut être comparé au son d’un violoncelle, voire d’une contrebasse. Dans ses nuances les plus profondes, il rappelle le son majestueux des graves d’un orgue.

En ce qui concerne le bleu clair, il ressemble au son d’une flûte.

Le Jaune

Le Jaune est une couleur irradiante et violente qui peut être insupportable pour l’œil et l’âme.

L’ajout du blanc renforce les caractéristiques du jaune citées au dessus.

L’ajout d’un ton froid comme le bleu, donne un jaune faible qui peut faire penser à la maladie et à la folie. Il semble alors dissiper ses forces dans tous les sens et s’épuiser.

Lien avec la musique :

Le jaune et plus particulièrement le jaune clair peut être comparé au son d’une trompette jouant des aigus de plus en plus fort.

Le Noir

Le noir est un néant absolu, sans aucunes possibilités d’avenir. Il est le silence de la mort. C’est aussi la couleur qui possède le moins de sonorité. N’importe quelle couleur mise à côté du noir sonnera plus fort et plus juste.

Lien avec la musique :

Le noir est semblable au silence final de la musique, celui qui ne peut être suivi que par une nouvelle composition.

Le Blanc

C’est une couleur au dessus de tout ce qui est matériel, au dessus de nous même. Tout ce qui peut nous parvenir du blanc est un « grand silence »p.155, représenté par « un mur froid »p.155 qui s’étend à l’infini et que l’on ne peut franchir.

D’après Kandinsky, il faut voir le blanc comme le néant qui précède le commencement, celui qui annonce la création.

Le blanc, à l’opposé du noir, fait faiblir voire même perdre la résonnance des couleurs qui sont à côté d’elle.

Lien avec la musique :

Le silence qu’instaure le blanc pourrait être comparable à certains silences que l’on retrouve en musique. On peut le comprendre comme une suspension qui ne marque pas une fin mais une pause qui attend de nouvelles possibilités.

Le Gris

En ajoutant du noir au blanc, on obtient une couleur calme, comme le vert mais qui ne possède aucune force active : le gris.

Plus le gris est clair, plus il laisse entrevoir un espoir que le blanc lui offre. Il laisse alors respirer les couleurs qui l’entourent. Tandis que plus il est foncé, plus il acquière l’immobilité et le désespoir du noir.

Les deux seconds grands contrastes de la théorie de la couleur de Kandinsky

Schématisation de la théorie de la composition des couleurs de Kandinsky
Schématisation de la théorie de la composition des couleurs de Kandinsky
Tableau récapitulatif du troisième et quatrième contrastes

Le troisième contraste

Le Vert

Le vert résulte du mélange du bleu et du jaune, et à travers ce mélange, il acquiert leurs caractéristiques respectives. La concentricité du bleu et l’excentricité du jaune se neutralisent pour former une couleur à la fois apaisante et porteuse du potentiel de mouvement dynamique.

Le vert est depuis longtemps reconnu comme une couleur de calme absolu, évoquant ni sentiment positif ni négatif. Ainsi, il offre une expérience apaisante pour les yeux, l’esprit et l’âme.

Cependant, le vert demeure une couleur passive qui se contente d’elle-même, sans générer de mouvement. Par conséquent, il peut parfois susciter de l’ennui et de la lassitude.

Le vert jaune :

L’ajout de jaune permet au vert de gagner en dynamisme pour devenir « vivant, jeune et joyeux »p.154.

Le vert bleu :

L’ajout de bleu rend le vert plus sérieux et contemplatif, renvoyant en quelque sorte à la profondeur spirituelle associée au bleu.

Lien avec la musique :

Le vert absolu peut être comparé au son « calme et ample »p.154 d’un violon.

Le Rouge 

Le rouge est une couleur qui résonne intensément en nous. À la fois vive et agitée, elle semble pourtant moins dissipée que le jaune tout en possédant une grande force.

Le rouge peut paraître à la fois chaud et froid, mais ses nuances n’altèrent que très légèrement son ton fondamental. Que ce soit le rouge clair chaud ou le rouge moyen, abordés plus loin, ces deux variations de rouge sont moins « extravagantes »p.159 que le jaune. Elles semblent moins irradier dans toutes les directions, comme le fait le jaune envers le spectateur.

Le rouge clair chaud :

Par exemple : le rouge Saturne

Il est très similaire au jaune moyen et dégage une grande force, joie et fougue.

Le rouge moyen :

Par exemple : le rouge cinabre

Ce rouge-là est passionné, il est comparable à un feu ardent qui ne peut être éteint que par une couleur froide comme le bleu.

Le brun :

Lorsque le rouge cinabre entre en contact avec le noir, cela produit une couleur presque immobile, mais la puissance du rouge reste accessible en profondeur. Cette couleur possède une résonance intérieure d’une grande beauté : la modération.

Le rouge froid :

Par exemple : le rouge carmin

En tant que couleur froide, le rouge carmin peut être intensifié par des ombrages, par exemple. Cela accentue l’incandescence profonde du rouge tout en atténuant sa force active. La particularité de ce rouge est donc de laisser entrevoir son caractère physique tout en le canalisant.

Le rouge froid clair :

Quand il est clair et froid, le rouge évoque l’insouciance et la joie. On peut le comparer à « la silhouette d’une jeune fille fraîche »p.163. L’ajout de blanc renforce son caractère physique1.

Lien avec la musique :

Le rouge, lorsqu’il est clair et chaud, rappelle les fanfares utilisant des tubas. On peut y ressentir une énergie joyeuse et puissante.

Le brun est quant à lui comparable au son puissant d’un tuba associé à celui des cymbales.

En ce qui concerne le rouge froid, son son s’approcherait des notes moyennes et graves d’un violoncelle.

Pour conclure, le rouge froid clair est similaire aux sons « clairs et mélodieux du violon » (p. 162).

Le quatrième contraste

Les deux couleurs qui composent ce contraste sont très instables. Kandinsky les compare justement à un danseur équilibriste sur un fil, qui cherche constamment son équilibre des deux côtés pour ne pas tomber.

Cette comparaison provient de la juste limite entre ce qui fait que l’on voit bien un violet et non un bleu ou un rouge ou encore de l’orangé et non un jaune ou un rouge. Où se situe cette infime limite ?

L’Orangé

L’orangé est obtenu par l’ajout de jaune au rouge. La présence du jaune active le rouge en lui conférant son mouvement d’irradiation. Par conséquent, l’orangé semble se propager et s’étendre sur les couleurs qui l’entourent. Néanmoins, le rouge contenu dans l’orangé contribue à rendre cette couleur plus sérieuse, comme si elle parvenait à canaliser sa force d’irradiation. Kandinsky le compare à un homme sûr de lui, évoquant une sensation de santé.

Lien avec la musique :

Kandinsky compare l’orangé à « la puissante voix d’un alto » ou encore au son d' »une cloche de ton moyen qui appelle l’Angélus »p.162.

Le violet

Là où l’orangé s’avançait vers le spectateur grâce au jaune, le violet, par l’ajout de bleu, prend de la distance avec l’observateur. Kandinsky précise que dans sa composition des couleurs, le rouge utilisé pour créer un violet de ce type doit être froid. En effet, comme nous l’avons vu précédemment, le rouge chaud ne peut se mélanger harmonieusement avec le froid. Il est donc nécessaire d’utiliser un rouge qui puisse se marier avec le bleu, c’est-à-dire un rouge froid. En tant que rouge refroidi, le violet est une couleur mélancolique, presque éteinte.

Lien avec la musique :

Du point de vue musical, le violet peut rappeler des tonalités profondes des basses. Il pourrait être comparé à un instrument de la famille des bois, tel que le basson.

La roue de la théorie de la couleur de Kandinsky

Voici donc les couleurs et leurs rôles selon Kandinsky. Nous pouvons alors identifier trois grands contrastes de couleurs : le bleu et le jaune, le rouge et le vert, et enfin l’orangé et le violet. Le noir et le blanc agissent ensuite sur chacune de ces couleurs, symbolisant respectivement la vie et la mort.

Schématisation de la théorie de la composition des couleurs de Kandinsky

La relation entre la forme et la couleur dans la théorie de la couleur de Kandinsky

Il existe un lien entre la forme et la couleur, ce qui a un impacte sur la vibration intérieur. Comme l’explique très bien Kandinsky dans son livre2, la couleur, lorsqu’elle est matérielle, possède nécessairement une forme et ne peut être illimitée comme dans l’esprit. En réalité, cette limite imposée par la forme influence la manière dont nous percevons la résonance entre la couleur et la forme, créant ainsi une association entre les deux.

Cependant, en raison de nos préconceptions matérielles, toutes les associations ne nous semblent pas pertinentes. Nous sommes parfois trop enclins à nous attacher à ce que la forme nous suggère.

Prenons l’exemple que Kandinsky évoque : une forme d’arbre verte. Par association, la couleur verte et la forme de l’arbre évoquent la nature, la sérénité et la vie. De même, un arbre jaune évoquera l’automne.

Cependant, un arbre violet semble improbable et suscite en nous l’idée d’un monde fantastique mal rendu.

Eviter le récit

Les couleurs, les formes et les mouvements utilisés ne doivent pas provoquer d’effet extérieur ou faire récit. L’objectif est de créer un effet dont la signification extérieure nous échappe, mais qui résonne en nous comme une expérience pure et authentique.

Les formes géométriques et le renforcement des couleurs

Pour éviter tout rapprochement matériel qui pourrait nous influencer ou troubler comme précédemment mentionné, Kandinsky suggère de représenter ce que l’on souhaite au moyen de formes géométriques ou non figuratives. Cependant, il ne faut pas négliger complètement la forme naturelle qui peut posséder un grand pouvoir de résonnance intérieur.

De plus, les propriétés similaires de la couleur et de la forme donnent des résonnances plus fortes.

Par exemples :

– Propriété aiguë : Jaune + triangle

– Propriété profonde ou ronde : Bleu + cercle

Néanmoins, les discordances entres les formes et les couleurs ne sont pas inharmonieux. Ils sont une infinité d’autres possibilités d’harmonie.

Pour aller plus loin dans la théorie de la couleur de Kandinsky

Dans sa quête d’un art pur et accessible à tous, Kandinsky a élaboré cette relation entre les couleurs et leurs interactions avec l’âme humaine. Il croyait fermement que les couleurs pouvaient résonner en harmonie avec notre intériorité pour susciter des émotions subtilement nuancées.

Il avait conscience que les sensations qu’il attribuait aux couleurs telles que la joie, la tristesse, la violence, etc., n’étaient que des expériences matérielles, parfois culturelles ou physiques, définissables uniquement par des mots.

Cependant, il soulignait que l’utilisation de ces mots, employés communément pour la communication sociale, ne pouvait rendre compte complètement des sentiments intérieurs. Les mots manquent de nuances, et il est incertain que tous ceux qui utilisent le même mot ressentent véritablement la même chose.

Dans sa théorie de la couleur, Kandinsky y percevait donc un moyen de cultiver cette sensibilité intérieure. Il y voyait un moyen d’atteindre un langage artistique pur, détaché des mots, où la sensibilité intérieure pourrait vibrer pleinement, tout comme la musique le permet.

Conclusion

J’espère que cet article vous aidera à mieux comprendre l’œuvre de Kandinsky ainsi qu’à saisir davantage le rôle des couleurs dans l’art.

Que l’on soit en accord ou non avec la vision de l’artiste, il est intéressant de souligner l’impact que les couleurs ont les unes sur les autres ainsi que sur nous, que ce soit sur le plan physique ou intérieur.

Elles possèdent une capacité matérielle à créer des mouvements dynamiques, que ce soit de manière autonome ou par contraste. Par exemple, le jaune semble déborder de sa forme par irradiation, tandis que deux tons distincts peuvent collaborer pour produire une sensation de profondeur.

Sur le plan intérieur, les couleurs sont capables de susciter des sensations et des sentiments liés à notre culture ou à nos habitudes. Ces sentiments et ressentis seront amplifiés lorsque la couleur et la forme seront mises en relation.

Je vous invite à partager cet article autour de vous pour faire connaitre la théorie de la couleur de Kandinsky.

Notes et index

Support textuel :

Kandinsky Wassily, Du Spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier, 1911, Folio essai, édition 1989

1.Lorsque Kandinsky parle de caractère physique, il sous-entend que ces couleurs ont un effet physiquement actif qui agit directement sur l’être humain, tout comme le jaune qui « irrite l’œil » en nous éblouissant.

2. Du Spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier.

Pour mieux comprendre ce livre, je vous invite évidemment à le lire. Cliquez sur le lien pour achetez un exemplaire Du Spirituel dans l’Art et dans la Peinture en particulier de Wassily Kandinsky

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