Au moment de dessiner, on a souvent tendance à passer directement à l’action. On ouvre son carnet, on prend son meilleur crayon, et l’on cherche immédiatement à produire un dessin abouti.
Pourtant, le dessin est une activité qui engage le corps, le geste et le regard.
Comme toute pratique manuelle, il nécessite un temps de préparation.
L’échauffement en dessin ne sert pas à “faire un beau dessin”, mais à préparer le geste, à retrouver des sensations et à installer une relation plus fluide entre le corps, l’outil et le support.
Dans cet article, nous allons voir pourquoi l’échauffement est important, quels types d’exercices peuvent être pratiqués, et comment le corps intervient concrètement dans le geste de dessin.
Pourquoi s’échauffer avant de dessiner

L’échauffement permet d’entrer progressivement dans l’activité de dessin. Il aide à quitter un état passif pour retrouver une attention active, orientée vers l’observation et le geste.
Au début d’une séance, le trait est souvent hésitant. La main manque de précision, le geste est plus raide, et l’œil n’a pas encore retrouvé ses repères. Il est donc important de prendre quelques minutes pour s’échauffer afin de :
- délier le bras et la main
- réduire les tensions inutiles
- retrouver une continuité dans le mouvement
- prendre conscience de l’espace du support
- dessiner plus longtemps avec plus de confort.
L’échauffement n’est pas un exercice de performance
Un point important à comprendre est que les exercices d’échauffement n’ont pas vocation à être réussis. Ils ne sont ni évalués, ni conservés. Ils servent uniquement à explorer le geste et à répéter des mouvements simples.
N’ayez donc pas peur de tracer des lignes maladroites ou des formes irrégulières, celà fait pleinement partie du processus.
C’est même ce qui permet de relâcher la pression et d’aborder ensuite le dessin avec plus de liberté.
Dans l’apprentissage du dessin, accepter de produire des traits imparfaits est une étape essentielle.
Exercices d’échauffement en dessin
Les exercices d’échauffement sont volontairement simples. Ils permettent de se concentrer sur le geste et la gestuelle, sans se préoccuper du résultat visuel.
Une session d’entrainement n’a pas besoin d’être très longue. Une dizaine de minutes suffisent. Le mieux est de se fier à son ressenti. Lorsque l’on se sent à l’aise et détendu pendant les tracés, celà signifie généralement que l’on est suffisamment échauffé.
Echauffement en dessin n°1 : Tracer des lignes
Tracer des lignes droites est l’un des exercices fondamentaux en dessin. Il ne s’agit pas de faire des lignes parfaitement droites, mais d’observer comment le bras se déplace sur la page.
Selon la longueur du trait, le mouvement peut partir des doigts, du poignet, du coude ou de l’épaule.
Cet exercice permet de prendre conscience de la différence de tracés selon l’origine du geste mais aussi d’éviter de tout exécuter uniquement avec le poignet, ce qui peut rapidement entraîner des tensions.
Hachures et croisements de lignes
Les hachures consistent à tracer des séries de lignes parallèles, puis à les croiser. Cet exercice permet de travailler la régularité du geste et la constance de la pression. Il aide également à mieux comprendre comment une surface peut être construite par accumulation de traits.

Même lors d’un simple échauffement, ces lignes préparent déjà le travail des valeurs et des volumes.
Les hachures est justement une technique que j’explique dans mon article sur les ombres et les lumières en dessin, retrouvez-le ici.
Echauffement en dessin n°2 : Cercles et ellipses
Tracer des cercles et des ellipses est un excellent exercice pour assouplir le bras. Encore une fois, l’objectif n’est pas d’obtenir une forme parfaite, mais de sentir la continuité du mouvement.
Les cercles sollicitent davantage le coude et l’épaule, surtout lorsqu’ils sont tracés à grande échelle.

Cet exercice est particulièrement utile pour les formes organiques et le dessin du corps.
Echauffement en dessin n°3 : Formes simples en volume
Bon, maintenant que vous vous êtes suffisamment échauffé sur les formes simples, il est temps de les complexifier.
Cubes, cylindres et sphères sont des formes essentielles dans l’apprentissage du dessin. Il est donc tout à fait normal de les intégrer à l’échauffement pour permettre de reconnecter le geste à la notion de volume.
Même dessinées rapidement, ces formes aident à préparer le regard à penser en trois dimensions. Elles constituent un lien naturel entre l’échauffement et le dessin d’observation.

Une forme simple, qu’est-ce que c’est ? Eh bien ce sont des formes synthétiques pour apprendre à dessiner rapidement tout ce que vous voulez. Je vous en dis plus dans l’article sur les formes simples du livre Morpho ! 😉
Gestes libres et dessin rapide
Les gestes libres, les boucles ou les lignes en “S” permettent de relâcher les tensions accumulées.
Le dessin rapide, souvent appelé « gesture drawing », consiste à saisir l’essentiel d’un sujet en peu de temps. Il favorise un dessin plus instinctif, moins contrôlé, et plus vivant.
Ces exercices sont particulièrement utiles avant un dessin de figure ou de mouvement.

Pour vous entrainer à ce type de dessin rapide, faites un tour sur le site Line of Action. Le site vous propose une succession de reproductions photographiques de modèles vivants dans des poses différentes. Le tout avec un temps d’apparition variable.
Pour en apprendre un peu plus, visitez le site officiel de Line of Action ou regardez la vidéo que j’ai réalisé sur le sujet ci-dessus :
Le corps derrière le geste de dessin
Lorsque l’on dessine, on a tendance à se focaliser uniquement sur la main. Pourtant, le geste en dessin mobilise une chaîne complète de mouvements. La scapula, l’épaule, le coude, le poignet, la main et les doigts travaillent ensemble. Chaque articulation influence la suivante et modifie la qualité du trait produit sur le support.
Un geste trop restreint, réalisé uniquement avec les doigts ou le poignet, limite l’amplitude du mouvement. À long terme, cela peut entraîner de la fatigue et de la crispation.
À l’inverse, un geste initié par l’épaule permet des tracés plus souples, plus continus et plus naturels.
Le coude ajuste l’amplitude, tandis que le poignet et les doigts affinent la précision.
Il est donc primordial d’utiliser la bonne relation d’articulations et les bons organes pour réaliser le tracé que l’on souhaite. Vous verrez qu’ainsi votre tracé sera fluide, sans « à-coup » ce qui éliminera les lignes saccadées.
L’échauffement permet de réveiller cette chaîne de mouvement et d’éviter que certaines zones compensent inutilement le manque de mobilité d’autres parties du bras.
Respirer, ralentir, accélérer ressentir : Gérer le rythme
Il y a tout de même un paramètre que l’on a ici pas pris en compte et qui est pourtant essentiel pour le rendu final d’une trace : la vitesse d’exécution. N’oubliez pas qu’une trace est le résultat entre un outil, un support et un geste et ce dernier peut être lent ou rapide.
L’échauffement est aussi un moment pour ralentir. Dessiner lentement permet de mieux anticiper le geste et de mieux contrôler la pression de l’outil. Mais celà peut aussi engendrer un trait « mou », qui manque de force.
Par ailleurs, il est aussi important parfois de donner de la vitesse à son geste, d’autant plus si le support est grand et ou que le tracé demande de l‘amplitude. Vous verrez que le résultat n’aura pas la même force qu’un geste lent.
Le support ? Mais de quoi me parles-tu… Pour en savoir plus et pour développer vos capacités artistiques, lisez cet article sur le rôle du support en art.
Pour mieux gérer ces différentes variations de geste, la respiration joue un rôle important dans cette phase de préparation. Bloquer sa respiration ou crisper les épaules est fréquent lorsque l’on se concentre trop sur le résultat.

Alors prennez conscience de ces tensions, relâchez les progressivement et le geste sera plus fluide et plus confortable. 😉
Adapter l’échauffement à sa pratique
L’échauffement en dessin n’est pas une routine figée. Il peut être adapté en fonction du type de dessin prévu.
Par exemple, un dessin architectural demandera davantage de lignes et de formes géométriques. Tandis qu’un portrait ou une figure humaine nécessitera plus de courbes et de gestes amples.
Le plus important est de varier vos gestes en fonction de ce que vous souhaitez réaliser. Souvent, lorsque l’on débute le dessin, le geste est timide. Pour contrer celà, forcez vous à dessiner sur grand format pour vous obliger a réaliser des gestes amples afin de remplir la totalité de la surface du support.
Pour récapituler
Maintenant vous devriez avoir de bonnes bases pour commencer vos sessions de dessin. Pour récapituler, voici un échauffement en dessin complet :
Réalisez un exercice de :
- Lignes
- Hachures
- Cercles et ellipses
- Formes géométriques simples en volume
Pour chaque exercices :
- Variez la dimension des traces : petite, moyenne et grande
- Variez la vitesse d’exécution : lente et rapide
- Prenez conscience de chaque articulation : utilisez les bonnes articulations pour en fonction du tracé voulu
- Variez les pressions sur l’outil : traits épais et fins
- Respirez calmement
- Relâchez vos tensions
- Et surtout, prenez du recul sur le résultat de vos actions : comprenez le rendu de la trace en fonction de la vitesse d’exécution et des différentes parties du corps engagées.
L’échauffement en dessin n’est ni une contrainte, ni une perte de temps. C’est un moment de transition qui permet d’aborder le dessin dans de meilleures conditions.
Quelques minutes suffisent pour retrouver des sensations, préparer le geste et installer une relation plus fluide avec le support.
Dans une pratique régulière, ces exercices deviennent naturels et s’intègrent pleinement au processus d’apprentissage du dessin.
Si vous avez des exercices d’échauffement que vous pratiquez, partagez les dans les commentaires ! 😁

6 commentaires
Ajouter les vôtresJe n’avais jamais pensé à l’échauffement avant de dessiner, mais à la lecture de cet article, ça paraît effectivement très logique.
Comme pour le sport, préparer le geste, la respiration et les articulations change forcément la qualité du mouvement. J’aime beaucoup l’idée de ce moment de transition pour se poser, relâcher les tensions et entrer plus sereinement dans le dessin. Une approche simple et très pertinente, merci pour ces conseils inspirants 😊✏️
C’est vrai que l’on y pense pas toujours mais se conditionner à une activité est important et l’échauffement est un excellent moyen de le faire. 😀
Excellent article, j’ai vraiment retrouvé l’importance de l’échauffement en dessin pour libérer le geste, travailler les lignes, et favoriser le lâcher-prise avant de créer. Chose que je ne fessais pas avant 😅 Personnellement, intégrer ces exercices simples vont me permettre de retrouver plus de fluidité et de plaisir dans ma créativité. Merci pour ton partage !
Merci pour ton commentaire, je suis heureux que cet article t’aide dans ta pratique ! 😄
Merci pour ce super article ! Ça m’a rappelé quelque chose d’essentiel : je veux souvent “réussir” tout de suite, alors que je gagnerais à préparer mon geste. J’ai bien aimé les exemples très concrets (lignes, hachures, cercles, volumes, geste rapide) et surtout l’idée de varier la taille et l’origine du mouvement, au lieu de tout faire au poignet. Je vais clairement tester ça dorénavant 💯
Super si cet article t’aider ! Varier les pressions et les tailles des traits permet déverrouiller plusieurs articulations, comme le coude, l’épaule et la scapula qui sont souvent délaissées.